Agriculture urbaine

Recherche sur la protection du patrimoine agricole urbain

Au cœur des Hauts Plateaux, Antananarivo détonne de par ses couleurs. En effet, si les collines environnantes sont jaunes en saison sèche, celles de la capitale alternent entre le rouge de la brique et le vert des rizières, l’une des images emblématique de la Ville.

Quelques chiffres
Si la Commune Urbaine d’Antananarivo représente à elle seule près d’1,5 millions d’habitants (source INSTAT), elle s’étend sur une superficie de 84 km2. Un tiers est occupé par l’agriculture urbaine, des collines péri-urbaines jusqu’aux bas-fonds du centre-ville. En 2007, près de 18% des habitants étaient des agriculteurs (source RFI).

Une grande diversité de systèmes de production est présente (Source Aubry et Ramanankatsoina, 2006). Leur point commun : une base rizicole et/ou maraîchère et de petits élevages. L’agriculture est une source de revenus plus ou moins importante mais non négligeable pour les ménages. La plupart des exploitations sont économiquement viables.
Elle représente également un apport nutritionnel certain pour ces derniers. Les débouchés économiques sont garantis du fait du site géographique de premier choix qu’est Antananarivo et de sa situation démographique. Les produits agricoles s’écoulent facilement et à moindre prix comparé aux autres villes de Madagascar, la réduction du coût d'acheminement des produits (cycle court) est un avantage majeur.

Un patrimoine paradoxal : agricole et urbain
Si l’agriculture urbaine permet une certaine sécurité alimentaire aux habitants d’Antananarivo, notamment pendant les crises institutionnelles ou événements climatiques, elle représente aussi, paradoxalement, un patrimoine urbain historique et culturel unique et spécifique à la capitale malgache : certaines zones agricoles comme les cressonnières de la Haute Ville s’inscrivent dans la ZPPAUP.

En effet, la promotion de l’agriculture à Antananarivo remonte au règne du Roi Andrianampoinimerina, dont le règne commença en 1787. Ce dernier mis en place de vastes aménagements hydro-agricoles à l’Ouest d’Antananarivo ainsi que dans la plaine nord-ouest de Betsimitatatra - où la riziculture domine toujours aujourd’hui, afin de garantir l’approvisionnement de la capitale.

Les cultures maraichères sont pratiquées depuis 2 siècles environ. Actuellement le riz tient la première place dans l’agriculture urbaine et périurbaine d’Antananarivo. Parallèlement à l’évolution de ces deux cultures, on note le développement du petit élevage de volailles (canards, oies) et des activités para-agricoles telles que le commerce (ventes directes aux consommateurs par les producteurs, les grossistes ou les détaillants sur les marchés, colportage et vente à domicile pour les produits tels que les légumes, les fruits,…) et la transformation des produits rizeries, décortiqueries, conserveries,…) (Source LANGLET, 1998).

L'importance de sa préservation
Grâce à cette agriculture intra et péri-urbaine, Antananarivo produit 90 à 100% des légumes consommés et 15 à 25% de son riz, à des prix compétitifs (Source : UNICEF, 2005). De plus, la plaine rizicole protège la ville contre les inondations.
En revanche, des problèmes se posent. Dans un premier temps la productivité intra urbaine est limitée du fait de l’héritage des pratiques agricoles traditionnelles peu adaptées face à une demande impliquant une intensification de l’agriculture. De plus l’urbanisation croissante de la capitale implique un statut précaire du foncier mais aussi une augmentation alarmante de la pollution des eaux d'irrigation chargées en matières organiques, déchets industriels ou en résidus phytosanitaires. Les plans d’urbanisme successifs sont insuffisants face à ces problématiques, accrues par un manque de moyens financier et une instabilité institutionnelle chronique qui impactent de manière négative les efforts entrepris.

Dans une optique de sécurité alimentaire, mais aussi d’emplois, d’assainissement, de lutte contre les inondations et de conservation d’un patrimoine historique, il apparait nécessaire de mettre en place des mesures de préservation et d’intégration de cette agriculture, véritable potentiel pour la capitale, en alliant planification et aménagement urbain et mise en valeur des irréductibles espaces agricoles.


 Documents


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